Catalogue des compagnons oubliés : ce que l’on garde dans le silence. Quand la lumière décline dans l’atelier et prend des reflets d’or pâle, quelque chose bascule. Les objets cessent d’être des outils ou des choses utiles — ils deviennent des présences silencieuses. Ils ne sont pas toujours utilisés. Ils ne sont pas toujours compris. Mais ils sont là. Ceci est un inventaire de ce qui reste quand le travail s’arrête, quand les mains se figent et que seul le regard continue à errer. Voici les témoins muets de l’atelier, rassemblés à la nuit tombée.

✦ La chorale des boîtes

Petites boîtes empilées, chacune conçue pour autre chose. Une boîte de panettone qui sent encore l’hiver. Un écrin de chocolats d’un lieu dont j’ai perdu le nom. Des pastilles Vichy. Du fil. Chaque boîte contient un silence : le poids d’avoir été gardée sans raison, sauf peut-être pour sa beauté, pour un souvenir, ou pour ce bruit métallique si doux lorsqu’on l’ouvre.
Elles sont comme les musiciens d’un orchestre minuscule, attendant le prochain mouvement.

Stacks of little containers, all meant for something else. kept for no reason but beauty, or memory, or maybe just their soft metallic sound when opened.
Vichy pastilles. A member of a tiny orchestra, waiting for the next movement to begin.

✦ Le cabinet des sortilèges doux

Un casse-noisette fendu, trouvé à Salzbourg, le sourire trop fier pour être jeté. Une épingle de chapeau, toujours vive, toujours en attente. Un bâton de sucre encore enveloppé dans sa nostalgie.
Un papier de ma grand-mère — pâle, intact — que (NØ) n’ose pas utiliser, de peur d’effacer quelque chose. Et des lunettes pour voir ce qu’on ne voit pas : les Nargoles (pour qui sait…), le frémissement, l’arrière-monde.
Ils reposent côte à côte, comme des mots trouvés dans des langues différentes, liés non par la logique, mais par le fil discret d’un choix instinctif.

A broken nutcracker, a Hat pin still sharp, a sugar stick wrapped in its own nostalgia, Paper from my grandmother, pale and untouched for years and goggles to see what can’t be seen: the Nargel, for the one who knows…
A broken nutcracker from Salzburg, waiting to be fixed...

✦ Petites choses en attente

Trois pendentifs posés sur le coin du bureau. L’un est une tête de panda — une clochette à l’intérieur. L’autre, une main de Fatma, talisman de protection. Le dernier, un coquillage percé, ramassé quelque part, oublié, puis gardé malgré tout. Ils sont faits pour devenir des colliers, mais le temps glisse.
Ils attendent, comme des notes suspendues dans une mélodie pas encore jouée. Parfois, les choses inachevées ne dorment pas : elles rêvent.

One is a panda’s head — a tiny bell inside it. One is a Fatma hand, a charm of protection. One is a seashell with a perfect hole.

✦ Jeux endormis

Dans l’atelier, certains jeux de cartes dorment plus qu’ils ne servent, mais ils ne sont jamais oubliés. Il y a le murmure des bois et des bêtes (l’oracle de Jessica Roux), un jeu étrange — le nouveau jeu de la main — moitié jeu, moitié présage, et le tarot de Marseille, mon plus ancien compagnon, enrubanné d’or et de blanc depuis mes quinze ans, comme on protège un secret.
Ces jeux ne donnent pas que des réponses. Ils offrent le toucher, le rituel, une petite scène symbolique à peine remuée dans l’ombre, comme des portes closes dont on connaît encore la clé.

The whisper of woods and fur (Jessica Roux’s forest deck), a curious deck — “le nouveau jeu de la main” — part game, part glimpse, the geometry of palmistry, and the Tarot de Marseille. These decks hold more than answers. They hold touch. Ritual. A small theatre of symbols.
Tarot de Marseille, my oldest companion,
wrapped in white and gold.

✦ Bouteilles silencieuses

De minuscules fioles en verre — certaines pleines d’herbes, d’autres de poussière, d’autres de rien du tout, sauf la grâce d’être petites et belles. Posées près de cartes étranges, assorties comme des pièces de jeu oubliées. Aucune règle, juste des impressions. Et là, le miroir de sorcière — sombre, ovale, non pas pour se voir, mais pour entrevoir.
Il veille sur l’atelier quand je ne regarde pas. Surface figée. Seuil discret.
De jour, il est décor. À la lueur d’une bougie, il devient question.

Tiny glass bottles

✦ Le rituel de garder

Aucun de ces objets n’est utile.
Et pourtant — (NØ) les garde.

Ils n’ont ni échéance, ni cadre, ni valeur. Mais ils portent la mémoire, la matière, l’éclat de quelque chose au-delà de la fonction. Ils façonnent l’atelier non par l’action, mais par la présence.
Comme des sortilèges lancés sans y penser.
Comme des notes d’un morceau jamais écrit, mais toujours entendu.
Comme les trésors que l’on ramasse quand on ne sait pas encore ce qu’on cherche.

Ce soir, (NØ) les regarde.
Demain, (NØ) les oubliera peut-être.
Mais eux seront toujours là —
gardant l’atelier doucement enchanté.

Une continuation silencieuse

De nouvelles études, notes de travail ou surfaces narratives se déploient doucement au fil du journal et des lettres de l’atelier, selon leur propre rythme.

Ce journal appartient aux choses discrètes, aux surfaces façonnées lentement, aux gestes répétés laissant une trace légère sur le quotidien. Ici, la création se révèle par fragments, une surface à la fois. Un détail, une irrégularité, un soubresaut de l’imagination.

Pour celles et ceux qui accordent de la valeur à la retenue, au travail de la main et à la poésie des matières, ce journal offre un espace pour faire une pause — et suivre le travail tandis qu’il se révèle, doucement, avec le temps.

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